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Femme libérale

« La liberté de l’individu est un postulat nécessaire du progrès humain. »
Citation d’Ernest Renan ; L’avenir de la science, Préface – 1848.

 

La liberté est la première des valeurs que je veux défendre, car elle se meut dans la responsabilité, dans le souci des autres et donc dans la solidarité. Je me revendique de ce courant de pensée et d’action libérale authentiquement social.

Si je m’interroge sur ce qui définit notre société, ce qui la construit et ce qui lui donne du corps, je tombe dans mes réflexions toujours sur ces trois points d’essences : la liberté, la responsabilité et la tolérance.

Liberté, Responsabilité et Tolérance

Je souhaite partager avec vous ces réflexions qui sont celles d’une amoureuse et d’une amoureuse de la liberté aussi.

Je sillonne beaucoup la Belgique, l’Europe de plus en plus et souvent, j’ai l’impression d’appartenir à une minorité. Et non pas parce que je suis d’Eupen et germanophone. 

J’ai la conviction que la liberté est la chose la plus importante pour notre vivre ensemble. Seule la liberté donne une culture et une substance à notre société.

Pourtant j’ai régulièrement le sentiment que dans notre société pour beaucoup d’individus, c’est avant tout la sauvegarde matérielle qui est illimitée. Je n’ai évidemment rien contre la possession, ni contre la sécurité matérielle. Tout cela est très réjouissant et tout particulièrement pour ceux et celles qui  par le fait de crises économiques, de destins tragiques ou de guerres ont dû faire l’expérience d’être dépossédés ou démunis.

Né dans les années 80, j’ai été témoin – petite encore certes- du fait que les Allemands eux aussi pouvaient de se battre pour leur liberté et l’aimer. Et ce, alors que 40 années durant, ils pouvaient s’arroger d’un système, lui vouer une loyauté minimale et, en quelque sorte, hiberner…

Qu’est-ce qui fait donc qu’à un moment donner un peuple s’élève ? Que l’on passe de quelques dissidents à une masse critique d’opposants capable de changer un système ?

Des dictatures peuvent exister longtemps, très longtemps

Il existe, par exemple, toujours des dictatures communistes comme à Cuba ou en Corée du Nord ou des dictatures despotiques tels qu’en Afrique ou en Asie. Ces dictatures persistent parce que la masse critique qui monte dans les rues et revendique avec vigueur son autodétermination, fait défaut.

Prenons le cas de l’ex-RDA. Ce n’est pas un système qui a implosé et ce n’est pas que la volonté d’un certain GORBATCHEV qui a amené la chute de ce régime, mais bien les mots scandés qui ont fait la différence. Des mots qui – s’ils avaient  été prononcés en France-  trouveraient sans doute dans toutes les classes, dans tout lieu public une place de choix.

« Wir sind das Volk – Nous sommes le peuple »

Cette petite phrase démontre pour moi que si nous faisons confiance à nos aspirations, nous pouvons dépasser nos angoisses, notre peur. Une peur qui est la servante de tout pouvoir non légitime, une peur qui nous lobotomise et qui nous lie.

Mais, si nous affrontons notre peur et que nous la nommons et que nous visualisons que la peur et l’assimilation sont intimement liés, nous  sommes peut-être prêts à vouloir découvrir ce que serait la vie sans peur et sans besoin d’assimilation.

Et, c’est à ce moment-là que nous découvrons que nous avons en nous une force qui peut changer l’ensemble d’une société.

Nous avons en nous une force qui peut changer l’ensemble d’une société

Je pense que la découverte de la liberté se pratique sous de multiples facettes.

Nous cherchons bien évidemment une variante de la liberté qu’il ne faut pas craindre, parce qu’elle ne serait qu’anarchique, une liberté qui ne connaitrait que l’inaliénabilité, que la révolte ou qui ne connaitrait que la libération de quelque chose.

Nous aspirons à une liberté telle que de nombreux philosophes nous l’ont appris qui serait d’être libre POUR quelque chose.

Ou encore être libre A quelque chose. Ce n’est évidemment rien que j’ai inventé, mais que j’ai déjà pu lire et apprendre lors de mes études, d’Emmanuel KANT, par exemple.

Pourtant c’est exactement cet exercice, cette approche de la liberté, c’est-à-dire d’être libre POURA quelque chose qui me parait être des plus périlleux à vivre.

Une fois que nous avons acquis la liberté, une fois que nous sommes défaits de nos chaines, de nos alliances, nos référentiels et que nous avons eu à travers de nombreuses luttes vindicatives, de longs combats, de mots forts et tranchants, une fois que nous avons obtenu tout ce qui nous accroche à la liberté.

Une fois que nous sommes libres

Comment arriver à le rester ?  Savoir de quoi on est capable ? Pourquoi veut-on se battre ? Comment veut-on concevoir sa/la liberté ?

Alors que beaucoup  considèrent comme le devoir de critiquer et de contrôler – à juste titre aussi – ceux qui nous gouvernent, nombreux sont ceux aussi qui ne pensent pas  à la possibilité – pourtant réelle – de prendre  les devants, d’exercer le pouvoir. Parce qu’ils ne se sentent pas éduqués pour le faire, ou parce que l’exercice du pourvoir reste connoté négativement encore.

C’est cette incapacité de passer à l’aspiration de sa/la liberté à la conception de sa/la liberté.

Quand nous avons pu vivre la libération, mais que nous n’avons pas encore la capacité d’être libre pour ou à quelque chose. Et tout à coup, ceux à qui nous ne faisons pas ou très peu confiance occupent le pouvoir et décident.

L’exercice de la liberté n’est donc pas une capacité qui demande une étude difficile ou gênante. L’exercice de la liberté présuppose la volonté de dire « oui » aux possibilités qui se présentent à nous, de participer et de contribuer. Si nous nous comportons de sorte à mettre en accord nos capacités personnelles et individuelles avec les possibilités qui se présentent à nous, nous pouvons qualifier cela comme responsabilité.

La liberté mûre ou mature se traduirait donc par la responsabilité

Notre capacité à être responsable n’est pas quelque chose qui nous a été appris ou imposée par la philosophie ou le politique – par un apprentissage extérieur en quelque sorte- elle fait plutôt partie intégrante de la condition humaine.

Nous nous perdons nous-mêmes, si nous n’avons pas la capacité de suivre ce principe.

Bien sûr nous ne vivons pas ce référentiel tous ensemble et au même moment. Nous ne la vivons pas comme quelque chose non plus qui transcende ou transforme toute notre existence, mais pas à pas nous pouvons entrer dans cette forme d’autodétermination.

Cette prise de responsabilité, cet exercice plein et entier de la liberté permet aussi, selon l’expérience, d’accéder au bonheur.

Si, par contre, nos aspirations de liberté et de bonheur se retrouvent dans un monde merveilleux imaginaire qui ne se retrouve malheureusement jamais là où nous sommes, nous demeurons déçus, voire frustrés.

Nombreux sont ceux encore qui considèrent que ce serait plutôt le sort et donc ni la liberté ou encore la responsabilité qui devrait nous apporter le bonheur.

Nous restons en appétit, restons insatisfaits. Car le bonheur se retrouve mystérieusement là où nous vivons l’entraide, l’interaction et donc la responsabilité. C’est, je pense, cette capacité qui nous est inhérente de prendre des responsabilités, de donner de soi-même qui nous procure ce sentiment de bonheur. Et il se retrouve dans des parfois très petites choses de la vie.

Par exemple, les pompiers volontaires qui donnent de leurs loisirs pour apprendre à sauver des vies, les lectures données aux personnes aveugles, l’organisation de loisirs pour des êtres qui ont eu moins de chance que nous. La satisfaction qu’ils éprouvent lorsqu’ils ont éteint un feu, sauvé une personne, fait sourire et procurer du bon temps à d’autres…

Même les utilisateurs de Facebook (dont je fais partie) souhaitent de l’interaction et, in fine, appartenir à une communauté… Cette sensation de bonheur est l’indicateur auquel je faisais référence.

Cependant, être en interaction et appartenir à une communauté ne dit pas si notre action personnelle ou politique sert une cause juste, si elle est sensée ou destinée à avoir un succès ou encore si elle est basée sur des conditions préalables mauvaises voir naïves.

L’indifférence n’est pas synonyme de tolérance

Je ne pense pas que celui qui réagit avec indifférence à tout est un exemple de tolérance. L’indifférence n’est pas un synonyme de tolérance. L’indifférence serait plutôt synonyme d’irresponsabilité. Certains pensent que s’ils n’ont pas de convictions ils ne peuvent, par conséquent, déranger personne. Certains responsables politiques tentent même de définir ainsi l’attitude libérale.

Je ne pense pas que nous servons la tolérance en abandonnant ou en liquéfiant notre profil, mais bien au contraire que nous puissions sonder régulièrement les valeurs qui nous poussent à agir ensemble qui font que nous puissions dépasser les croyances et les convictions individuelles.

 Je ne pense pas non plus qu’il soit nocif pour la tolérance si nous nous réinterrogeons sur les valeurs qui sont importantes pour notre société, notre vivre ensemble et que nous apprenons à les chérir à nouveau.

La tolérance ne perd pas de sa force si nous défendons les droits de l’homme qui ont évolué et été décrits ces dernières décennies, par exemple, en nous référant à la déclaration des Nations Unies ou aux multiples autres conventions qui détaillent et règlent la protection des droits individuels, telle la protection des réfugiés, la prévention contre les génocides, contre la discrimination du genre.

Presque tous les États du monde se sont, après des expériences profondément douloureuses, après de nombreuses exaltations nationalistes, après des fanatismes idéologiques ou religieux, en principe, réunis autour de ces droits fondamentaux et la « rule of law », l’état de droit donc, comme  procédure minimum de survie.

Les droits universels indivisibles sont ainsi une sorte de patrimoine commun de l’humanité et nous devons parler avec des États communistes, islamistes fanatiques ou d’États despotiques du non-respect de ceux-ci et les défendre avec vigueur.

L’Europe reste, en dépit des nombreuses crises qu’elle traverse, le continent que d’autres hommes et de femmes dans le monde rêvent d’atteindre que d’autres peuples, en Ukraine par exemple, souhaite rejoindre, vers lequel beaucoup de peuples qui ne connaissent pas la liberté, la démocratie et les droits de l’homme immigrent. Une contrée de notre monde qu’ils n’atteignent pourtant pas.

Pourquoi ne retenons-nous pas, comme l’a dit l’ancien Ministre-Président tchèque Vaclav HAVEL, que les opprimés du monde comprennent la langue universelle des droits de l’Homme partout ?

Ils comprennent instinctivement ce que les droits de l’homme, leur respect, signifieraient pour eux. Seuls les opprimants et les groupes fondamentalistes qui souhaitent garder les hommes et les femmes dépendants d’eux prétendent que notre culture serait étrangère par nature.

Évidemment, il y a des failles dans notre démocratie et notre économie de marché. Nous savons que notre système n’est pas parfait et qu’il doit s’améliorer, évoluer continuellement, mais aussi qu’il est capable d’apprendre des erreurs du passé.

L’Europe de l’Est, des parties d’Afrique et de l’Asie, ces pays n’ont pas inventé un nouveau système démocratique, mais plutôt repris pour grande partie ce qui existait déjà chez nous. Ce qui me laisse conclure que si nous voulons façonner une liberté politique, il n’existe pas énormément de variantes.

En tout les cas, je n’en connais pas personnellement.

Bien sûr d’autres variantes ont existés, tels les régimes marxistes qui laissaient disparaitre l’individu au profit du collectif, mais ces systèmes ne se sont pas consolidés, car elles amenaient moins de libertés, moins de bien-être, moins de sécurité juridique et moins de prospérité. Et, pour moi en tous les cas, il n’existe pas de raison d’amener une nouvelle variante systémique d’anti-capitalisme.

Il faut évidemment que nous soyons tout aussi critiques avec la logique capitaliste que nous le sommes avec tout autres courants politiques ou religieux. Il faut et il doit être débattu si un modèle conservateur, libérale ou de gauche correspond au mieux à une économie sociale du marché ou présentent de meilleures solutions pour des crises à venir.

Mais celui qui pense que le détachement des citoyens n’a lieu que dans nos pays dits « capitalistes » est soit aveugle ou idéologique.

Nous avons connu des pays qui ne disposaient de presque aucune richesse, mais où le détachement de la chose publique était bien plus important que chez nous. Une chose est certaine. Nous ne sommes pas seule est pas déterminée par notre rôle dans l’économie. Ce qui est déterminant pour notre qualité de citoyen est notre capacité de participer au pouvoir ou de se soumettre à celui-ci.

Nous devons amener notre société démocratique à  ce qu’elle dispose des capacités pour faire face aux nouveaux défis. Car seulement si nous aimons nos libertés, si nous les utilisons et nous les appliquons nous pourrons être satisfaits et nous entraider l’un et l’autre. La conscience que nous avons, la capacité de façonner notre avenir doit évidemment tenir compte des erreurs que nous ou des générations avant nous avons faites par le passé.

Je souhaiterais que notre société évolue de manière tolérante, consciente de ces valeurs, mais surtout par amour pour la liberté et qu’elle n’oublie pas que la liberté des adultes est la responsabilité.

Kattrin JADIN

Femme libérale